Au petit matin, Obiang Medza se rendit chez son père, Medza M’Otougou, pour prendre de ses nouvelles. Il prit place sans difficulté, et son père lui demanda si tout s’était bien passé à Bikalik.
— Très bien, père, répondit Obiang.
— Tu as constaté que j’ai tenu une importante réunion avec tes pères, tous confondus, afin de pouvoir te montrer comment devenir riche selon les normes d’Engong. Ils ont tous accepté que je t’enseigne les rudiments de cette voie. Mais, comme tu le sais, tu es mon fils, et le rôle du père est de protéger son enfant, de le voir évoluer et de lui confier des responsabilités.
La richesse, mon fils, attire la jalousie. La jalousie attire la haine, et la haine entraîne la mort. Je tenais à te dire ces quelques mots afin que tu comprennes que ce que tu veux soulever est un lourd fardeau. Il faut savoir le porter, au risque de se faire du mal.
Engong a ses propres lois, et nous leur sommes tous soumis tant que nous vivons dans ce pays. J’ai la richesse, l’argent, les enfants, les voitures, les maisons, les avions, les groupes électrogènes, et bien d’autres choses encore. C’est vrai. Mais sache que cette richesse est au service du peuple d’Engong et non de ma seule maison. Elle sert également, lorsque l’occasion se présente, le peuple d’Okü et le monde entier. Mon rôle est de décaisser.
En fait, il est rare de voir Medza échanger avec ses enfants, femmes et petits enfants par millier. Lorsque l'occasion se présente comme celle-ci, il profite de dire assez rapidement certaines choses ou recommandations avant l'appel de la communauté. Medzâ est richissime homme dont la richesse est inestimable. Il englobe ; Koù, Kouma, Mvout et Mbele biôm qui constituent l'échelle du riche chez les Ekang.
— Je veux que tu appelles tes frères, reprit Medza. Vous irez voir Engbwang Ondo, qui vous fera le compte rendu des échanges que les anciens ont eus. Je te prie de suivre attentivement ses recommandations afin que personne ne dise demain que j’ai facilité les choses à mon fils, au risque de susciter contre toi des inimitiés.
— Compris, père, j’y vais. Mais dis-moi, est-ce lui qui doit me donner ce dont j’ai besoin pour être riche ?
— Non. Je t’ai réservé des choses depuis ton enfance ; non pas une seule chose, mais plusieurs, que tu ne trouveras nulle part ailleurs. Elles sont bien gardées. Et puisque tu t’intéresses désormais au pouvoir, cela me rassure : tu es devenu un homme, mon fils.
Après cet entretien, Obiang sortit de la case et rejoignit ses frères à leur lieu de rencontre habituel. Il les informa qu’Engbwang Ondo les attendait pour leur communiquer une information capitale.
— Qui ? Le capitaine ? demanda Ntoutoum.
— Oui, lui-même ! répondit Obiang.
— Ne perdons pas de temps, allons-y ! renchérit Beka.
Sans s’attarder davantage, les trois frères prirent le chemin qui menait vers Engbwang, le Dominant, l’Altier, chef suprême des armées. Cet homme puissant est un modèle et un exemple pour tous, car il réunit la sagesse et la force. Alliant la puissance physique et mentale à une grande sagesse, il représente le guerrier parfait, l’Immortel accompli. On le compare souvent à un dieu.
Il vit dans une demeure suspendue entre le ciel et la terre. Celle-ci avait été construite par les humains, les Ancêtres, les esprits et les dieux. Après les travaux de construction, au moment de livrer la maison, les gens constatèrent qu’une partie du monde est complètement dans le noir. Cette partie était Engong, alors les anciens du peuple immortel ont demandé aux constructions de rehausser non pas la maison mais le soleil plus haut dans le ciel.
Ils franchissaient maintenant les vallées, empruntaient les nébuleuses, et les contours de Nda Bingouba, la Maison des Mystères commençait à se préciser. Partout, on ne parlait plus que de l’événement du jour : Boko allait confier une importante mission à ces jeunes guerriers désireux de devenir riches.
Jusqu’alors, personne n’avait encore évoqué publiquement cette affaire. Mais après la réunion des anciens, la nouvelle s’était répandue comme une traînée de poudre.
Ogoro Ogoate Ondo, l’intrépide gardien du temple, le guetteur chargé d’informer les habitants de tout ce qui se passait sur le chemin de Nda Bingouba, observait les faits et gestes de ces visiteurs peu ordinaires sous les chants du tambour Meki Me Boro, « le sang de l’homme ».
La musique et la danse sont les amies de la paix. Et c’est en paix que les trois soldats étaient venus.
Moi, Zwè Ntugu, mong Meyong Meyem,
Je répands les mélodies dans les oreilles de ceux qui m’écoutent.
J’éclaire les yeux de tous ceux qui me voient.
Grands amoureux des paroles sacrées, entendez-vous mes mélodies ?
Je sème le vent !
— Oui !
Je tire l’éléphant !
— Oui !
Que les oreilles écoutent !
Qu’elles écoutent le Mvet !
La suite dans jeudi Anthropologie prochaine de l’ONG Génération Ekang
Extrait : du livre de venant Debomame
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