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On entend souvent dire que la terre appartient à l'État. Cette affirmation est consacrée par les législations foncières en vigueur dans de nombreux pays africains, notamment ceux où vivent les communautés ékang.

Au Gabon, sauf erreur de notre part, la loi n° 15/63 du 8 mai 1963 a rendu obligatoire l'immatriculation des terrains urbains et ruraux dès lors que les investissements prévus par le cahier des charges sont réalisés. L'acte créant le droit de propriété est alors le décret d'attribution définitive, également appelé décret d'attribution en toute propriété.

droit coutumier foncier terre ancestrale
i.a (c) GEK, cadre de discussion entre un législateur et la communauté, Juin 2026

Cette conception juridique de la terre, qui régit aujourd'hui son administration et sa gestion par la puissance publique, est une réalité légale reconnue par les États modernes. Toutefois, pour les communautés traditionnelles, elle demeure largement héritée des systèmes coloniaux qui se sont imposés sans véritable prise en compte des conceptions autochtones de la terre et de son usage.

La terre dans la pensée ékang

Chez les Ekang, la terre est bien plus qu'un simple espace physique. Elle constitue une entité vivante où se mêlent les forces visibles et invisibles. Elle est une page du Grand Livre de Dieu sur laquelle l'être humain est appelé à naître, habiter, travailler et s'épanouir collectivement.

La terre est également perçue comme une passerelle reliant les différents mondes de l'existence. Un adage ékang enseigne que l'être humain connaît trois vies : celle d'Eyô (l'incréé), celle d'Emo Milang (le monde terrestre) et celle d'Ayat (l'au-delà ou le monde des ancêtres). Cette vision explique pourquoi l'homme est issu de la terre et pourquoi il y retourne après sa mort.

Cette importance fondamentale de la terre se retrouve dans le vocabulaire ékang :

  • Si : la terre ;
  • Nfak-Si : une partie de la terre ;
  • Abeng-Si : la province ou grande division territoriale ;
  • Efu-Si : la parcelle ;
  • Nfong-Si : la taxe ou contribution foncière.

Ces termes traduisent une véritable organisation territoriale qui articule l'espace, son administration et son exploitation.

Une gestion collective plutôt qu'une propriété absolue

Les Ekang ont développé, comme de nombreux peuples africains, une conception communautaire de la terre. Cette vision a favorisé l'hospitalité et l'accueil d'autres populations tout au long de leur histoire.

Au-delà des dimensions spirituelles, les chefferies traditionnelles assuraient une gestion administrative rigoureuse des territoires. Cette organisation limitait fortement les risques d'accaparement individuel des terres. Le chef n'était pas considéré comme le propriétaire absolu du territoire, mais comme son garant pour les générations présentes et futures.

Cette réalité a été parfaitement résumée par l'historien et anthropologue Cheikh Anta Diop :

« En Afrique noire, ni le roi, ni un seigneur quelconque n'ont jamais eu le sentiment d'une possession réelle du sol. La possession de la terre n'a jamais polarisé la conscience du pouvoir politique[1]

Ainsi, en pays ékang, l'équivalent du terme « propriétaire terrien » se rapproche davantage de la notion de « gardien de la terre ». La mémoire collective enseigne que nul ne possède définitivement le sol, puisque chacun devra un jour le transmettre aux générations suivantes.

Comment acquiert-on et perd-on la terre ?

Traditionnellement, plusieurs modes d'acquisition de la terre sont reconnus :

  • l'héritage ;
  • le don ;
  • la conquête ;
  • le troc ;
  • l'attribution ;
  • l'exploitation durable.

De même, plusieurs circonstances peuvent entraîner la perte ou l'abandon d'un territoire :

  • la mort ;
  • la migration ;
  • l'invasion ;
  • l'attribution à d'autres groupes.

Dans tous les cas, l'individu ou le groupe n'est jamais considéré comme propriétaire absolu, mais comme dépositaire temporaire d'un héritage reçu des ancêtres et destiné aux descendants.

C'est précisément cette responsabilité intergénérationnelle qui fonde la notion de terre ancestrale. Protéger la terre revient alors à préserver la mémoire, l'identité et l'avenir du peuple.

Le titre foncier face à la conception traditionnelle

À la lumière de cette conception, le titre foncier délivré par les pouvoirs publics peut être interprété, dans la pensée traditionnelle ékang, comme une garantie administrative accordée par l'État sur l'usage d'un espace donné.

L'idée moderne d'une propriété privée absolue de la terre apparaît ainsi comme une notion relativement récente en pays ékang. Elle est principalement liée à l'introduction du droit foncier occidental durant la période coloniale et à sa prolongation dans les États contemporains.

Pour les Ekang, la terre ne saurait être réduite à un simple bien marchand ou à un objet de spéculation. Elle demeure avant tout un patrimoine sacré, reçu des ancêtres, administré par les vivants et destiné aux générations futures.

Conclusion

À la question : « À qui appartient la terre ? », la réponse juridique moderne et la réponse traditionnelle ékang diffèrent profondément.

Pour l'État, la terre relève d'un régime légal organisé par le droit foncier et garanti par la puissance publique.

Pour les Ekang, la terre appartient d'abord à l'ordre du vivant, aux ancêtres et aux générations futures. Les hommes n'en sont que les gardiens temporaires. Cette conception, fondée sur la responsabilité collective et la continuité des générations, constitue l'un des piliers majeurs de la pensée foncière ékang.

A lire la suite dans le livre de l'auteur, Venant DEBOMAME.

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Plus d’Informations
ONG Génération Ekang

www.generationekang.fr

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+(241) 077 531-641 II 077 514-352

 

[1] Cheikh Anta Diop ; l'Afrique précoloniale, présence africaine, Paris, 1987, p.100

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Tag(s) : #Afrique, #Ekang, #Generationekang, #ecole Ekang, #Cameroun, #Congo, #Guinée Equatoriale
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