Tout joyeux, Obiang Medza sortit de la maison de son père et se dirigea tout droit vers ses frères : Ntoutoum Nfoulou, fils de Nfoulou Engbwang, celui qui tue les éléments à coups de poing. Il appartient à la famille Meye, les Marteaux. À ses côtés se trouvait Beka Be Oyono, fils d’Oyono Mba, de la famille Mba, les Fers.
— Mes frères, je l’ai fait ! s’écria-t-il.
— Qu’as-tu fait ? As-tu déjà épousé ta femme ? lança Ntoutoum.
— Mes frères, une femme s’épouse en famille ; vous l’auriez su bien avant. Vous souvenez-vous de notre conversation sur la manière de devenir riches dans ce village comme mon père ?
— Oui... hum... c’était il y a longtemps, répondit Beka.

— Effectivement, cela a pris du temps à cause du protocole. En fait, je suis allé là-bas en tant que fils. Mais le Fono qui garde la dernière porte m’a demandé si j’avais déjà pris rendez-vous.
J’ai eu beau lui expliquer que j’étais Obiang, fils de Tare Medza, il n’a pas accepté de m’ouvrir la porte pour voir père. J’ai donc dû prendre rendez-vous et j’étais le cent quarante-cinquième sur la liste d’attente.
Il fallait patienter une année entière parce qu’au fur et à mesure que les gens avançaient, les anciens du village, ainsi que les femmes et les hommes de l’Église, passaient en priorité.
— Akiééé ! s’exclama Beka Be Oyono. Tout ça pour voir ton propre père ?
Le Fono s’appelle Puissance d’Orphelin, un intrépide soldat. On le connaît comme celui qui a tué la pitié. Il ne sourit jamais et ses yeux sont rouges comme le feu de minuit.
On raconte qu’il a enterré sa propre mère alors qu’elle respirait encore. Souffrante depuis cinq ans, elle attendait d’être conduite à Enying Meyong chez Ayôm Ngang pour recevoir les soins nécessaires. Mais Puissance d’Orphelin l’enterra sans écouter ses supplications.
— Oui, poursuivit Obiang. Le Fono m’a déclaré : « Nul n’est au-dessus de la loi. Ce n’est pas parce que je travaille pour ton père que tu dois déambuler devant moi. Merde ! »
Bref, lorsque je suis enfin arrivé devant père Medza, après les salutations d’usage, je me suis assis. Et là encore, j’ai attendu huit heures avant d’obtenir l’autorisation de parler.
Mes frères, j’ai finalement posé ma question à père Medza. Sans compliquer les choses, il m’a demandé de revenir dans deux semaines. Il m’enseignera alors quelques lois pour devenir riche.
— C’est une excellente nouvelle ! s’exclama Beka Be Oyono. Cela signifie que nous pourrons tous devenir riches comme père Medza. Je vois déjà le jour où personne ne nous fera plus travailler durement.
— Moi, je suis fatigué des conflits, déclara Ntoutoum Nfoulou. Je veux servir les autres dans la paix, leur donner de l’argent, des voitures, des femmes et des maisons sans effort. Mon frère Obiang, nous devons célébrer cette bonne nouvelle !
— Vous parlez avec sagesse, mes frères, répondit Obiang. Car il n’y a rien de plus beau dans la vie que d’être riche et de se sentir bien dans sa peau.
Père a dit deux semaines. Dans deux semaines, il m’enseignera les rudiments de la richesse, et cela sera bénéfique pour nous tous.
Oui, nous devons célébrer cette nouvelle.
Que les oreilles écoutent !
Qu’elles écoutent le Mvet !
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