Les trois frères, tous joyeux, marchant le long du trajet qui mène à Nkam-Nga, ont dépassé les fleuves ; Mbadama, Nsedama, édendama ainsi que Yorozok, contents de passer deux semaines chez Beka b’Oyono avant de revenir voir père Medza. Arrivés au village où un simple sourire peut être une provocation, les trois rentrent au corps de garde pour faire des civilités aux anciens.
— Be Tare Mbolanii ! lancèrent-ils au même moment
— Bi yebe Yang mya ! répondirent les anciens assis autour du feu en plein jour.
— Avez-vous une communication pour nous ! demanda Beka
— Hum, non non, juste vous visiter et prendre des nouvelles. Hum, où sont les jeunes guerriers de ce village ? demanda Ntoutoum Nfoulou.
— Ils passent des épreuves de la rapidité et de la ruse dans la case d’accompagnement et de réinsertion des délinquants ! répondit Beka.
Arrivés à la case, les trois complices trouvent que des enfants sont entrain de jouer à la lance des fusils nocturnes comme les enfants de nos jours jouent au pris dans la cour du village. Ils se tirent les fusils nocturnes comme des pistolets. Celui qui crie, qui pleure ou qui fuit, est éliminé et ne peut pas rejoindre l’étape suivante qui consiste à devenir Gpwakoro. Le terme Gpwakoro désigne le soldat en tête de troupe, il est l’éclaireur et le guet-apens des ennemis.
Au moment de rentrer dans la case, ils sont arrêtés par le cri d’un hibou qui vient de se poser sur l’arcade. Il chante en ce terme « Avep Ozena Nkièn Onéé ». Tous tournèrent les regards au pied de la colline et constatèrent la présence d’une silhouette.
— Qui est là ? demanda Obiang Medza
— Moi, Nsur, fils d’Obam Ella
Il se tenait déjà parmi eux comme jailli de nulle part et regardait les trois dans les yeux.
— Qui es-tu et que fais-tu dans cette forme informe ?
— Vos pères m’ont attaché ainsi, après m’avoir dépossédé de mes pouvoirs, ils m’ont chargé de veiller sur les jeunes et de m’assurer que leur formation se passe bien. Je suis ici depuis des lunes sans voir la lumière du soleil. Répondit Nsur.
En fait, Nsur, devenu puissant, voulait venger son père qu’Akoma Mba avait arraché à la vie parce qu’il connaissait le chemin qui mène au secret de l’immortalité. Il a été vaincu après des mois et des années de combats contre Mvog Ekang Nna. Son père, Obame Ella et son frère Andome Ella étaient même pères ; Ella Mezang qui fut aussi décapité à Engong, pourtant parenté à Akoma.
— Je sais que vous vous méfiez de moi parce que je suis d’Okü et vous d’Engong, mais après des lunes à Engong, je peux vous être utile. Poursuivit Nsur.
— En quoi ? demanda Obiang
— N’est-ce pas toi, Obiang Medza qui veut devenir riche comme ton père ?
— Oui, c’est moi. Mais, nous tous voulons le devenir afin que cela ne soit plus une seule personne comme l’est mon père. Répondit Obiang à Nsur.
— Pourquoi tu poses cette question, demanda Ntoutoum
— Parce que je peux vous aider à parvenir à votre destin, car ils savent qui je suis, c’est pour cela qu’ils ne me tuent pas. Moi, Nsur frère de Nsisim Obame, l’homme qui ne mange que des chiens. Revenez me voir si cela se complique ! c’est facile ! très facile !
Cet homme d’Okü du clan Essighlessi, ramené à Engong par Akoma MBA, est puissant. C’est pourquoi il ne faut pas donner la possibilité à son esprit de réhabiter son corps sinon il va recouvrir à sa puissance en plein Engong. Trop de risque.
Ngoma Yina'a !
Ayina Yina'a !
— At… ten… tion ! assez parlé, pauvre homme ! averti Ntoutoum Mfoulou
— Vous parlez des choses que les morts se racontent lorsqu’ils sont entre eux. Vous ne savez rien de notre peuple, pauvre silhouette. Reprit Obiang.
Pendant ce temps, les paupières de Ntoutoum s’alourdirent, son corps devint tout dur. Il fit cliqueter ses dents et dit à Nsur :
— Nous, les descendants d’Ekang Nna, les invincibles, les irréductibles. Nous, les fils d’Engong Zok Mebeghe Me Mba, l’adzap dressé sur une colline que tous les peuples voient. Nous, les rocs, les fers et marteaux. Nous n’avons pas besoin de tes flatteries pour parvenir à nos fins, à l’accomplissement du destin. Tout homme d’Engong croit en lui-même ! Dit Ntoutoum
Ntoutoum Mfoulou se frappa la poitrine, il sortit un grand couteau qu’on appelle « bideng », tira violemment Nsur Ngom Ella…
Je sème le vent !
Oui !
Je tire l’éléphant !
Oui !
Que les oreilles écoutent !
Qu’elles écoutent le Mvet !
La suite dans jeudi Anthropologie prochaine de l’ONG Génération Ekang
Extrait : du livre de @venant Debomame
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