Du XVIᵉ au XIXᵉ siècle, l’Afrique subit les razzias esclavagistes occidentales, pudiquement appelées « traites négrières », comme si une forme d’équilibre ou d’accord avait existé. Cette terminologie édulcore une réalité brutale : celle d’un système de prédation humaine à grande échelle, bénit par un Pape au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Les ¾ des corps sont laissés à la merci des prédateurs marins (Orques & requins).
À la fin du XIXᵉ siècle, un tournant stratégique s’opère. L’Occident ne se contente plus de déporter les corps ; il organise l’exploitation directe des terres africaines. Ce basculement est entériné lors de la Conférence de Berlin, où les puissances européennes se partagent le continent sans les peuples concernés sans que cela ne dérange les pays des « droits de l’homme ».
La colonisation ne fut pas un accident de l’histoire, mais un système de prédation structurée, reposant sur plusieurs catégories d’acteurs :
- Les explorateurs, éclaireurs de l’expansion, préparent le terrain à la conquête.
- Les missionnaires, sous couvert d’évangélisation, participent à une recomposition des imaginaires et à une dévalorisation des spiritualités africaines.
- Les géologues et prospecteurs, instruments de l’appétit économique, identifient et cartographient les richesses à exploiter.
- Les éducateurs, par l’école coloniale, façonnent des esprits alignés sur les normes et intérêts du colonisateur.
- Les corps habillés, instaurateurs de l’ordre, réprimandent et tuent tout esprit révolutionnaire.
- Les anthropologues, producteurs de savoirs, oscillent entre compréhension et instrumentalisation des sociétés africaines.
Dans cette dernière catégorie, les postures varient : certains se présentent comme alliés des peuples africains, d’autres contribuent à leur déshumanisation, tandis que certaines formes d’aliénation finissent par être intériorisées. C’est-à-dire, le rejet de soi dû au traumatisme que lui ont infligé les sauvages.
Après la Seconde Guerre mondiale, la domination change de visage. Les indépendances proclamées à partir de 1960 marquent la fin officielle de la colonisation, mais non celle des rapports de dépendance. Le néocolonialisme s’installe, plus discret, mais tout aussi structurant. Il est qualifié de stade suprême de l’impérialisme par Kwame NKRUMAH. Il contribue efficacement à maintenir les colonies dans l’état végétatif sans précédent.
Aujourd’hui, la réécriture de l’histoire africaine n’est pas un luxe intellectuel : c’est une nécessité. Elle implique de revisiter les récits dominants, de restaurer les mémoires effacées et de redonner aux peuples africains la pleine maîtrise de leur histoire. C’est dans cette perspective que certaines associations et ONG travaillent, parmi elles Génération Ekang au Gabon. Elles militent pour la production d’une historiographie africaine autonome, fondée sur des sources et cadres d’analyse endogènes. Les auteurs comme Cheick Anta Diop, Joseph Ki-Zerbo insistent sur cet impératif repris par Venant Debomame dans son livre, Kara ; pour la renaissance africaine.
Libreville, le 10 avril 2026
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