Les Ekang d'Afrique centrale, plus connus sous des ethnonymes (Fang, Beti, Ntumu, Bulu, Mvaie, Okak, …), constituent un peuple ancien dont l’origine est souvent rattachée à la vallée du Nil, aujourd’hui réparti dans plusieurs pays d’Afrique centrale à la suite des migrations inter-africaines. Au sein de cette culture, le langage relatif à la sexualité se distingue par sa richesse symbolique et sa dimension implicite.
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Chez les Ekang, l’expression de la sexualité s’inscrit dans un cadre social fortement codifié. L’éducation sexuelle, en tant que discours explicite, demeure largement taboue. La tradition repose plutôt sur l’idée que chaque individu porte en lui des dispositions naturelles qui lui permettent de comprendre, en temps voulu, les réalités de l’union entre l’homme et la femme. À l’image du nouveau-né qui sait instinctivement se nourrir ou de l’adulte qui apprend à prier, le savoir lié à la sexualité est perçu comme une connaissance progressive, guidée mais rarement formulée de manière directe.
Ainsi, les adultes jouent un rôle discret mais essentiel : ils orientent les plus jeunes, non pas par des explications frontales, mais par l’usage d’expressions codées, adaptées aux âges, aux contextes et aux milieux sociaux. Ce langage voilé permet de préserver la pudeur tout en transmettant des repères culturels et comportementaux.
Dans ce cadre, les Ntumu, composante du peuple Ekang, utilisent une diversité d’expressions pour évoquer la sexualité. Celles-ci varient selon les tranches d’âge :
Expressions chez les enfants
- Besob sobø ou Meshën : utilisées dans les jeux d’initiation aux relations affectives. Ces expressions évoquent l’idée de dissimulation et renvoient à des pratiques réalisées à l’abri des regards, comparables à des « cachettes ». Elles participent aussi à la construction de la solidarité entre enfants.
- Mame me bête : expression hybride mêlant fang et français, utilisée dans un cadre ludique. Elle désigne des comportements jugés déplacés ou contraires aux normes sociales, souvent sans pleine conscience de leur portée.
Expressions chez les adolescents
- Abø ou Awouã : verbe employé pour suggérer ou évoquer l’acte sexuel de manière indirecte. Il renvoie à une réalité à la fois corporelle et symbolique, que l’âge ne permet pas encore de nommer ouvertement.
- Asak : utilisé pour désigner explicitement l’acte sexuel. Contrairement à son sens apparent, il ne renvoie pas à un simple geste affectif, mais bien à l’union charnelle.
Expressions chez les adultes
- Adzog’b ossi / Ake énong : expressions liées au repos, signifiant « aller au lit » ou « se coucher ». Dans certains contextes, elles peuvent suggérer implicitement une relation intime.
- Adzane ou Adzanghne : termes plus directs pour désigner l’acte sexuel. Leur usage est généralement réservé aux adultes ou aux initiés, et peut être perçu comme inapproprié chez les plus jeunes.
Expressions chez les séniors et dans le cadre traditionnel
- Amiène : verbe signifiant « éjaculer ». Son usage est strictement encadré et réservé aux personnes âgées ou aux initiés.
- Abamane : verbe signifiant « coincer ou se coincer ». Il renvoie sur le plan initiatique à l’acte d’unir deux forces opposées. Son usage est réservé et recommandé par des personnes âgées ainsi qu’aux physiologues. Ces spécialistes estiment que le savoir doit se mouvoir à la compréhension du mouvement énergétique croissant.
- Akut Mfim : expression symbolique signifiant littéralement « taper au mur ». Elle renvoie, sur le plan ontologique, à l’acte de pénétration, envisagé comme une entrée dans un espace sacré — le corps de la femme, considéré comme un sanctuaire. Son usage est réservé aux prêtres traditionnels et aux contextes rituels.
Conclusion
L’étude de ces expressions montre que, chez les Ekang, la sexualité n’est pas abordée de manière brute ou vulgaire, mais à travers un langage imagé, poétique et codifié. Ce système linguistique participe à la préservation des valeurs de pudeur, de respect et d’équilibre entre les générations.
Ce travail se veut une contribution à la compréhension et à la transmission de cette richesse culturelle, en proposant aux jeunes des repères conformes à la tradition ékang. Il met en lumière une approche où la parole, loin d’être explicite, devient un outil de médiation entre le visible et l’invisible, entre l’individu et la communauté.
Cet article est extrait du livre de Venant DEBOMAME : Aspect de la femme chez les Ekang.
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