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Depuis la période coloniale jusqu’à l’actualité politique récente, la question ethnique continue de traverser la vie publique gabonaise. Dans une analyse approfondie, la sociologue et anthropologue Emmanuelle Nguema Minko revient sur l’expression devenue tristement célèbre : « Tout sauf les Fang », révélatrice d’un malaise ancien dans la construction du lien social et politique au Gabon.

L'article que nous résumons ci-dessous a été publié dans la revu ZAOULI, N° Spécial Oct. 2024.

Une méfiance ancienne et enracinée dans l’histoire

Arrivés tardivement sur le territoire gabonais, à la fin du XVIIIᵉ siècle, les Fang ont longtemps été perçus par les autres groupes comme des « envahisseurs ». Leur forte expansion démographique, leur implantation dans plusieurs provinces — notamment le Woleu-Ntem — ainsi que certaines représentations coloniales les décrivant comme belliqueux ou anthropophages ont nourri, dès l’origine, des préjugés durables.

Cette méfiance, largement relayée par l’administration coloniale et certains missionnaires, a contribué à forger une opposition symbolique entre les Fang et les “Autres”, opposition qui continue d’imprégner les imaginaires collectifs.

Fang et pouvoir politique : une relation conflictuelle

L’auteure montre que, paradoxalement, les Fang ont joué un rôle central dans la lutte anticoloniale et dans la naissance de l’État gabonais, avec des figures majeures comme Léon Mba ou Jean-Hilaire Aubame. Pourtant, leur forte présence sur la scène politique a aussi renforcé les peurs et les discours de rejet.

Sous le régime d’Omar Bongo, la gestion du pouvoir s’est appuyée sur une stratégie de contrôle des équilibres ethniques, visant notamment à contenir l’influence politique fang. Malgré des nominations symboliques, les principales figures de l’opposition sont restées majoritairement issues de cette communauté, alimentant l’idée récurrente d’une « affaire des Fang ».

Le slogan « Tout sauf les Fang » en contexte démocratique

Avec le retour au multipartisme dans les années 1990, le discours ethnique ne disparaît pas. Il se transforme. Lors de certaines échéances électorales, notamment en 1993 et en 2009, le slogan « Tout sauf les Fang » est ouvertement utilisé pour mobiliser un électorat hostile à l’accession d’un Fang à la magistrature suprême. Les passages comme : « Je préfère avoir affaire à un opposant d’une autre ethnie qu’à un pédégiste Fang […] Si vous voulez conserver le pouvoir au Gabon, il faut toujours s’arranger à ce que les Fang soient divisés ; car s’ils s’entendent, ils feront tout pour vous l’arracher. (Omar Bongo, 1993) » et « Tout sauf les Fang (Guy Nzouba-Ndama, 2009».

L’épisode de l’élection présidentielle de 2009, opposant Ali Bongo à André Mba Obame, illustre cette instrumentalisation du sentiment anti-Fang, avec des conséquences politiques et sociales majeures.

 

Vers une unité nationale encore fragile

L’auteure souligne cependant des évolutions positives, notamment lors de la présidentielle de 2016, où des électeurs Fang ont massivement soutenu un candidat non Fang, Jean Ping, marquant une volonté de dépasser les clivages identitaires. De même, la dynamique autour de l’opposition unie en 2023 a ravivé l’espoir d’un choix politique fondé sur la compétence et non l’ethnie.

Toutefois, les tensions récentes, exacerbées par les réseaux sociaux et certains discours communautaires après le coup d’État du 30 août 2023, montrent que les vieux réflexes ne sont pas totalement éteints. L’auteure fait une mise en garde à mettre en garde Brice Clotaire Oligui Nguema, Président de la République, Chef de l’Etat, à ne pas pencher sur de tels propos pouvant faire échouer son plan de libération du Gabon à l’issu de son coup et de son élection à l’issu de laquelle il a été plébiscité par la majorité des gabonais. 

Repenser la gouvernance et le vivre-ensemble

En conclusion, Emmanuelle Nguema Minko appelle à dépasser une gestion purement ethno-régionale du pouvoir. Selon elle, la stabilité du Gabon passe par une gouvernance fondée sur la compétence, l’équité et la reconnaissance mutuelle, ainsi que par la réhabilitation de la palabre comme mécanisme de régulation sociale.

À l’image des valeurs défendues par l'ONG Génération Ekang, l’auteure plaide pour une gouvernance qui dépasse la simple logique d’équilibre ethno-régional. Elle appelle à replacer la compétence, la justice sociale, les traditions et la reconnaissance mutuelle au cœur de l’action publique. La réhabilitation de la palabre, comme espace de dialogue et de médiation, apparaît également comme une voie essentielle pour renforcer la cohésion nationale dans un Gabon pluriel.

À travers la culture, l’éducation et la transmission des savoirs endogènes, Génération Ekang s’inscrit pleinement dans cette dynamique de réconciliation et de refondation du lien social. Valoriser les identités culturelles ne signifie pas opposer les peuples, mais construire une nation forte de sa diversité.

Car au-delà des appartenances, l’enjeu central demeure la construction d’un « Gabonais normal », pour qui l’identité nationale prime sur l’identité ethnique.

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Plus d’Informations
ONG Génération Ekang

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Tag(s) : #Afrique, #Gabon, #Generationekang, #VDebomame
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